[Repost] Melmoth réconcilié de Balzac

C’est un repost étrange aujourd’hui, parce que je n’ai au-cun souvenir de ce livre, que j’ai pourtant lu il y a deux ans et dont j’ai rédigé la chronique. Pourquoi je la partage, alors ? Parce qu’outre son caractère synthétique qui se prête bien à la relecture, j’y vois l’occasion de parler un peu de livre audio. Est-ce pour cela que je n’ai pas autant imprimé l’impression du livre, ses personnages, son histoire ? J’ai des échos, certes flous, mais assez forts de deux autres livres lus de la même façon : En finir avec Eddy Bellegueule d’Edouard Louis et L’Autre fille d’Annie Ernaux. Est-ce une question de style ? Je n’ai pas souvenir non plus d’une difficulté particulière à suivre Melmoth réconcilié

Aujourd’hui, ma lecture audio a pris un peu plus de place qu’à ce moment-là. De l’emprunt de livres sur CD, je suis passée à un abonnement Audible que j’utilise assez régulièrement. Mon cerveau se serait-il habitué ? Ou alors y a-t-il des lectures qui se prêtent mieux que d’autres à cette forme de lecture ? Aujourd’hui, j’écoute Claudine à l’école, de Colette et Willy, après avoir relu L’Appel sauvage de Jack London et écouté jusqu’à pas d’heure Au revoir là-haut de Pierre Lemaître. Trois styles vivants, concrets, droits dans leurs bottes (et bottines), chacun à leur façon.

La principale difficulté est qu’il m’est bien plus difficile de sélectionner des passages ou de noter des citations. C’est un autre élément que j’ai tendance à oublier (à part Etre ange de Prévert, je ne me souviens d’aucune poésie entière à ce jour…), mais tout de même, c’est un peu compliqué pour une littéraire comme moi…

A contrario, je retrouve le plaisir d’écouter une histoire, comme on m’en lisait petite, avant de dormir ou à la médiathèque – je me souviens encore de la salle ronde de la médiathèque de Cambrai, où on s’asseyait pour écouter les histoires. C’est un rapport plus direct, plus instinctif, plus émotionnel à la lecture. C’est peut-être pour ça que j’y reviens plus  volontiers aujourd’hui, maintenant que j’essaie de me recentrer sur l’essentiel.

Bonne lecture, et à lundi pour la suite du calendrier de l’Avent !

 

Melmoth réconcilié d’Honoré de Balzac

28 février 2017

A combien le diable est-il coté en bourse ? Melmoth réconcilié est une longue nouvelle d’Honoré de Balzac que j’ai dénichée en livre audio à la médiathèque. On y découvre l’histoire du caissier du baron de Nucingen appelé Castanier. Ancien soldat revenu à la vie civile, il se ruine pour sa jeune maîtresse Aquilina. Acculé au pied du mur, il prépare un faux pour détourner une importante somme d’argent lorsque surgit dans son quotidien mal rodé un sombre personnage, anglais forcément, du nom de Melmoth. Celui-ci propose à Castanier de lui transmettre le pacte diabolique qu’il a contracté des années auparavant, et qui lui donne tous les pouvoirs possibles et imaginables en échange de son âme…

Le personnage de Castanier autour duquel tourne la nouvelle n’est pas réellement sympathique et s’il nous ressemble, c’est dans ce que nous avons de méprisable. Il n’en reste pas moins terriblement humain. Les petits ajustements qu’il fait avec sa conscience, dans sa relation avec Aquilina, en sont un bon exemple :

Au moment de se jeter dans le gouffre de la prostitution parisienne, à l’âge de seize ans, belle et pure comme une Madone, celle-ci rencontra Castanier. Trop mal léché pour avoir des succès dans le monde, fatigué d’aller tous les soirs le long des boulevards à la chasse d’une bonne fortune payée, le vieux dragon désirait depuis longtemps mettre un certain ordre dans l’irrégularité de ses mœurs. Saisi par la beauté de cette pauvre enfant, que le hasard lui mettait entre les bras, il résolut de la sauver du vice à son profit, par une pensée autant égoïste que bienfaisante, comme le sont quelques pensées des hommes les meilleurs. Le naturel est souvent bon, l’Etat social y mêle son mauvais, de là proviennent certaines intentions mixtes pour lesquelles le juge doit se montrer indulgent. Castanier avait précisément assez d’esprit pour être rusé quand ses intérêts étaient en jeu. Donc, il voulut être philanthrope à coup sûr, et fit d’abord de cette fille sa maîtresse.

Mais nous en sommes alors à la moitié du récit. Mis au pied du mur, Castanier accepte l’offre de Melmoth. Le mal sublime rejoint le mal quotidien, en somme. Et puisque nous sommes dans un conte philosophique, la découverte par Castanier du pouvoir absolu est l’occasion d’une réflexion sur le désir. Pouvant satisfaire tous les siens, le personnage principal finit rapidement par ne plus en avoir : le désir se cristallise en ce sens sur ce qui est, sinon accessible, du moins difficile à obtenir et la satisfaction systématique fait que les meilleurs mets ont bientôt sur ses lèvres un goût de cendre. C’est le genre de choses qui apparaissent parfois dans les mentions en petits caractères des contrats que l’on passe avec le diable…

Le pacte faustien trouve par ailleurs une résonnance toute particulière dans le Paris du début du XIXe siècle. Certes inspiré de Melmoth ou L’Homme errant de Mathurin Régnier, référence du roman gothique anglais, le récit de Balzac reprend les éléments fantastiques du récit pour les implanter dans une société de médiocres, hantés avant tout par des questions d’orgueil et d’argent. Je suis en train de revoir la série Buffy contre les vampires de Joss Whedon et le bibliothécaire, Giles, déplorait, dans le dernier épisode que j’ai vu, que les démons n’étaient plus ce qu’ils étaient. Le démon concerné avait en effet renoncé aux cryptes et aux grottes pour un petit appartement dans les quartiers chauds de la ville, et vendait une édition originale du Livre de l’Ascension contre du liquide, et non un cœur de vierge.

Si cela peut consoler notre bibliothécaire, les choses n’étaient déjà plus ce qu’elles étaient du temps de Balzac : Castanier choisit à terme de se débarrasser de son pacte à la Bourse, et celui-ci perd peu à peu de sa valeur au fil des échanges, pour échoir finalement, à la fin du récit, à un petit clerc de notaire. Ce faisant, l’ouvrage interroge la place du merveilleux dans le quotidien bien rodé d’un monde aux multiples contraintes sociales et économiques.

Un commentaire sur “[Repost] Melmoth réconcilié de Balzac

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  1. Malgré plusieurs tentatives, je reste assez hermétique aux livres audio. Je n’arrive pas à me concentrer de la même manière que lorsque je lis et je perds le fil….

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