J’ai gagné le prix Originalité du défi #Jelalis 2019 !

Je faisais partie des finalistes du défi #Jelalis, initié par l’association Le Deuxième texte et ses partenaires (les éditions Des femmes, les éditions Talents Hauts, Le Salon des Dames, HF Ile-de-France, Siefar, Festival international des écrits de femmes). Au début du printemps, enthousiasmée par la proposition de choisir une autrice à découvrir et à défendre, j’avais présenté le défi sur le blog, et choisi de m’intéresser à Renée Dunan.

Il y avait 3 prix : impact, originalité, équipe. Et j’ai remporté hier le prix Originalité pour mes actions de médiation sur Twitter, notamment mes « Live tweets » de lecture (lectures en directs) dont voici les liens :

LT – Le Stylet en langue de carpe

LT – Le Prix Lacombyne

LT – Les Amantes du diable

C’est une belle surprise en ce début d’année ; je suis vraiment heureuse d’avoir été choisie et, surtout, d’avoir donné envie de découvrir Renée Dunan. Je continuerai sans doute à parler de cette dame dans les mois à venir, ne serait-ce que parce que j’ai reçu en cadeau deux livres d’elle : une réédition du Jardin du bonheur aux éditions Talents hauts, et une édition originale du Brigand hongre. LT et/ou notes de blog continueront donc à fleurir !

Le texte ci-dessous devait être le bilan de cette année passée avec Renée Dunan, il est aussi devenu un discours lu à l’Espace des femmes, avec un zeste d’émotion. Merci encore pour cette excellente surprise, pour le trophée qui va fièrement trôner dans ma bibliothèque, et pour les cadeaux dont je ferai bon usage !

Découvrir les autres projets finalistes

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Un an avec Renée Dunan

Il y a un an, je ne connaissais pas Renée Dunan. Je ne sais pas pourquoi je l’ai choisie. Une photo souriante, une femme qui a vécu, un sourire entre malice et mélancolie. Une sonorité qui se rapproche de Jean de Tinan, un auteur qui m’a suivie pendant des années. Une passion que je ne m’explique pas pour le prénom Renée au féminin.

J’ai découvert Renée par tout ce qu’on adosse à son nom. Des guirlandes d’adjectifs, qui tournent et tournent autour d’elle. Des pseudonymes qui s’empilent jusqu’à l’absurde. Monsieur de Steinthal, Jean Spaddy ou Marcelle La Pompe. L’indécidé de sa mort. J’ai vu une femme dont l’identité était un jeu. C’est ce qui me plaisait chez elle. Alors j’ai signé.

Mais je n’ai vraiment rencontré Renée Dunan que le jour où j’ai ouvert un de ses livres. Grâce à tous ces jolis adjectifs, je savais à quoi m’attendre, et pourtant, j’ai trouvé tout autre chose. Un rien qui tremble derrière les scènes, un jeu de point de vue, un propos existentiel et politique. Et je me suis soudain dit qu’il y avait bien des manques dans tout ce qu’on m’avait promis sur elle.

Anarchiste, sans nul doute, érotique, féministe, précurseure de la science-fiction, pornographique, très bien. Mais quel adjectif pour dire que dans Le Stylet en langue de carpe, elle tourne en dérision le regard masculin sur le corps et l’existence de la femme, avant d’en décrire le tour tragique ? Quel adjectif pour ses histoires de sorcière, où le pacte avec le diable symbolise le besoin de transcendance de l’être humain, cet instinct qui lui soupire, même au plus bas de sa condition, « je vaux mieux que cela » ? Et celui pour Le Prix Lacombyne, où elle fustige les sociabilités et les copinages littéraires qui tiennent lieu de jugement esthétique ? Je n’ai pas eu le temps de lire autant de Renée Dunan que je n’aurais voulu. Mais j’ai le sentiment que pour chaque livre, je pourrai trouver de nouvelles lacunes dans les qualificatifs.

Aujourd’hui, je suis tout sauf spécialiste de Renée Dunan. Il aurait fallu plus de titres, plus de recherches, plus de sérieux. Mais j’ai appris à jouer un nouveau rôle : celui de passeuse. Les silences des manuels littéraires, c’est quelque chose qui m’occupe depuis un moment. Je me souviens encore des incompréhensions de mes camarades de Master, lorsque j’ai choisi de travailler sur Tinan (pas Dunan), auteur méconnu de la fin XIXe : s’il est oublié, ça doit être pourtant pour une bonne raison ! Mais avant le défi, je ne m’étais pas emparée de la question pour les autrices. Je me disais que les plus importantes surnageaient de toute façon, qu’on m’avait parlé de George Sand, de Colette, de Rachilde – enfin non, Rachilde, il m’a fallu la trouver toute seule – de Jean Bertheroy – ah non, Bertheroy, je l’ai découverte dans une anthologie – de Delphine de Girardin – ah non, ça, c’est en faisant mes recherches sur les fantaisies épistolaires au XIXe – de… bref, vous avez compris.

Alors j’ai tenté de transmettre la curiosité que ses livres ont su éveiller en moi. J’aurais pu me concentrer sur le personnage, romanesque à sa façon, mais je n’ai pas voulu qu’il éclipse des œuvres qui ont des choses à dire par elles-mêmes.

J’ai emprunté les codes actuels, parce qu’on peut encore écouter Renée Dunan avec profit aujourd’hui, qu’à l’ère de la libération de la parole, il faut rencontrer directement sa plume, ses métaphores, ses idées, plutôt que se laisser bercer des discours qu’on a sur elle. En un mot, se ressaisir de son œuvre, si proche de nous, et pourtant rendue lointaine, de n’avoir jamais été évoquée.

J’ai regardé comment elle écrivait les sorcières, j’ai participé avec un de ses livres au Pumpkin Autumn Challenge, défi de lecture thématique rencontrant un grand écho sur les réseaux sociaux. J’ai live-tweeté des lectures comme des événements, avec réactions à chaud et citations marquantes. Mon année Je la lis, ça a été d’aller chercher Renée depuis les années 20 et 30, et de la ramener parmi nous à coups de gifs humoristiques et de comparaisons.

Dans mon premier article de blog consacré à elle, j’ai dit que j’avais rapidement compris que je ne pourrais jamais marrainer Renée Dunan. Que c’était elle qui allait être ma marraine-sorcière – c’est comme une marraine fée, mais en beaucoup moins sage. Je ne pouvais pas avoir davantage raison, et je remercie l’ensemble des organisateurices du défi Je la lis et Renée Dunan pour cette agréable surprise.

Après ce prix, je continuerai à demander à mes libraires si d’occasion ils n’auraient pas un titre ou deux de Renée Dunan qui dormirait dans leurs réserves. J’aurai vraiment gagné quelque chose cette année si j’apprends que je ne serai pas la seule.

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